BurnOut, Julienne explique

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L’Organisation Mondiale de la Santé et la Haute Autorité de la Santé ont reconnu ce syndrome afin de lui donner des protocoles de soins et une reconnaissance législative. (2017 - 2018)

Situation 13 

Syndrome et personnalité

Julienne, de l’an 0 à 35 ans, célibataire sans enfant Propos recueillis en dilettante. Cette expérience s’étale 35 années.

J’ai toujours filé un mauvais coton. Je suis née en étant difficile et peut-être que je partirais en l’étant encore. Ma mère m’attendait pour décembre, je suis arrivée en octobre.

Après cet épisode, le développement se déroulait normalement à part « dans le caractère », je faisais ce que l’on m’interdisait et je ne faisais pas ce que l’on me permettait.

J’ai étudié à un moment en lâchant rapidement. Puis j’ai travaillé car il fallait bien gagner ma vie mais rien ne me plaisait. Je prenais ce qui venait car je n’aime pas chercher. Et comme ce qui vient facilement est ennuyeux, je pars.

J’ai un caractère que je ne supporte pas moi-même, je veux tout, tout de suite et je passe mon temps à casser ce que j’ai. Personne n’y comprend rien et mon entourage souffre à mes côtés mais je souffre aussi avec le monde. Il me faut de la place, du mouvement et pas de projet sur l’avenir.

On dit que je suis instable alors que la situation est plus complexe. Lorsque je commence quelque chose, je ne veux jamais le quitter sans l’avoir fini et pourtant, je pars. Mon ressenti me chamboule car un stress monte, une nervosité perturbante, irrépressible se propage en moi et il me faut changer de situation ou je deviens absolument insupportable.

Lorsque je me mets au travail, j’arrache tout sur mon passage et je remporte toutes les victoires. D’ailleurs, il n’y a qu’elles qui me conviennent. Elles me rassurent sur mes forces et ma condition d’être vivant. Je suis capable de rester des heures entières debout, sans manger ni boire, à travailler durement.

Dernièrement, j’ai décroché un boulot dans les vignes et mes coéquipiers n’en reviennent toujours pas. Nous sommes allés sur le site très tôt un matin, la rosée était encore fraîche. Nous avons attaqué de suite et le soir vers 19 h, nous avons repris les camions pour rentrer chez le vigneron. Ce manège a duré 20 jours.

La plupart des nuits, nous les passions à chanter et à boire. Mes compagnons n’ont rien demandé alors j’étais à l’aise, ce qui me donnait encore plus de force et d’envie pour travailler. Il y a que je me fatiguais et que mes membres, mes muscles, étaient monstrueusement douloureux, çà me plaisait. Je me mettais à chanter le soir avec les vendangeurs et comme je chante mal, je buvais pour ne plus savoir ce que je faisais…

Dès qu’une contrainte s’introduit dans mon quotidien, je suis en situation de danger, de survoltage et de tendances agressives. A ce moment-là, je fonce sur un affairisme de proximité. Une fois exténuée, mon épuisement est un contentement comme un gage de mes capacités. Depuis toujours, je fonctionne sur ce mode et il m’arrive de réussir à me comprendre un peu, juste le temps qu’il faut pour être consciente et pas assez pour tirer les conclusions.

Si je fuis autant le bruit et les contraintes, tout en les rendant indispensables à mon activité de travail, c’est que je suis une enfant de la mauvaise balle. Celle qui m’a fait vivre dans un logement réduit au point que nous dormions à quatre dans la chambre jusqu’à ce que j’atteigne ma quinzième année. Petite, je trouvais cela rassurant car j’avais quelques frayeurs. Mais au fur et à mesure, j’ai perçu des manquements comme celui où je ne pouvais pas me retrancher lors d’un malheur ou d’une fatigue.

Quand la colère prenait le dessus pour une histoire banale avec mes frères et sœurs, il n’y avait aucun sauf-conduit en dehors de l’affrontement ou de la capitulation. Pas de repli possible, ni d’intimité, de celle qui permet d’acquérir une estime de soi bien solide.

Ma mère était toujours occupée et mon père absent. Nous avons pourtant eu ce qu’il nous fallait sur le plan de la nourriture et nous avons fait nos pas dans l’école, de manière stable. Ma mère nous parlait en faisant du collectif : elle nous adressait la parole en groupe. Il faut bien l’écrire, elle n’avait jamais le temps et nous étions assez peu coopératifs.

Alors en grandissant, j’ai pris les habitudes de ma mère. Notre mère courait encore plus vite lorsqu’elle avait un pépin à résoudre qui prenait la taille d’un ballon ! Elle se mettait à faire le ménage en une heure, là où il en fallait trois. Elle cuisinait pour quinze, alors que nous mangions à la cantine… J’appris plus tard que l’on appelle cela « se réfugier ». J’ai dû me réfugier très tôt car mes accélérations étaient, pour moi, logiques et je ne me demandais pas s’il y avait d’autres façons de procéder.

Lorsque je travaillais chez un employeur, la contrainte me coûtait au point de partir. Une fois, j’étais sur active jusqu’à l’épuisement ; une autre fois, je lâchais tout pour faire péter la situation.

Seulement, à force de tirer sur toutes les cordes sauf celles du repos, de la réflexion respectueuse et du temps, j’ai disjoncté grave comme on dit ! Oui, j’ai donné dans l’anorexie et le surmenage par des boulots manuels mais aussi par la cigarette et le manque de sommeil. Ce n’est pas venu en cinq minutes, j’ai mis des années.

De plus, mes frères regardaient toujours des trucs où il y avait plein de morts sauf un et celui-là gagnait l’immortalité. En fumant trois paquets de cigarettes par jour, je montais les paliers de l’immortalité de ma mère qui accélérait son travail, les jours de grosse facture. Moi, je ne réglais pas mes factures ou juste à minuit moins une.

Lorsque le médecin urgentiste m’a recueillie parce que mon employeur du moment m’avait « trainée » de force à l’hôpital, il a dit : « Etes-vous vivante ? ». Je reconnais ne pas avoir compris ce qu’il a voulu dire et j’ai été odieuse en me mettant en colère puis en entrant dans une crise nerveuse.

Le médecin urgentiste qualifia mon entrée en burn-out avéré, en anorexie maximale et en toxicomanie par la cigarette. Voilà pourquoi, il me fit son observation. Et c’est là que ce fit le déclic, toute ma réforme prit racine grâce à la peur de cet homme.

Oui ! Il m’avait demandé si j’étais vivante, non pas pour confirmer son diagnostic, mais bien pour exorciser sa peur ! Oui ! J’étais insupportable ! Dans les pays de famines terrifiantes, on observe ce que j’étais durant cette hospitalisation.

Je restais une année entière en milieu de soins et j’ai vu de mes propres yeux le temps passer, la pluie tomber, le jour se lever, le soleil se coucher. J’appris à manger tout ce qui était dans mon assiette, sans vomir après. Je me mis à goûter les fruits et à toucher des légumes. J’acceptais de chanter avec les autres des chants qui égrenaient le collectif du chœur. Je vis l’herbe pousser et je pus prendre un bain pour la 1re fois de ma vie sans me dire que je perdais du temps.

J’appris à écouter les autres et à réfléchir aux réponses. Et je me mis à me souvenir de leurs visages, de leurs expressions, mais aussi de leurs goûts et de leurs envies. J’ai appris les différences et j’ai mis d’autres couleurs sur mes cheveux. J’ai partagé un peu puis j’ai augmenté mes couleurs, mes ressentis et mes envies.

Là, je m’interrogeais beaucoup car je n’avais jamais vécu toutes ses ambiances intérieures. Non ! Je ne savais pas !

La douceur d’une caresse, le beau de la nature, le sucré d’un parfum, la pesanteur de la marche… En un an, j’ai tellement ouverts toutes mes écoutilles que je suis devenue vivante !

Une rubrique entière sur ce sujet

L’EPUISEMENT ET LE BURNOUT

« Le Syndrome d’épuisement » paru en 2016, chez Fortuna

Le burn-out, qui fait son entrée dans la section consacrée aux « problèmes associés » à l’emploi ou au chômage, porte ainsi désormais le nom de code QD85. Citation OMS

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